Histoires de Birmanie

Publié le par Thulemin


         La Birmanie etait un royaume independant jusqu’en 1962, lorsqu’un coup d’etat a amene le General Ne Win au pouvoir, qui a regne en maitre absolu pendant 26 ans. En 1988, un mecontentement au niveau national a conduit des activistes pro-democratie et des etudiants dans les rues, un mouvement connu comme le Soulevement de 8888. Les forces armees, le Tatmadaw, ont tue 3.000 manifestants a cette époque et la loi martiale a ete appliquée en 1989 apres de nouvelles manifestations de grande ampleur.

          Dans une fausse tentative de calmer le jeu, la junte a organize des elections “libres” en 1990. La Ligue Nationale pour la Democratie (LND), le parti mene par Aung San Suu Kyi, a gagne 392 des 489 sieges. Mais les resultats ont ete annules par la junte, qui a refuse de se retirer. Sur les 18 dernieres annees, Aung San Suu Kyi en a passé 12 en detention, isolee dans sa maison de Rangoon. Elle est le seul Prix Nobel a etre emprisonne.

 

 


 
 


           Le 15 aout 2007, le gouvernement Birman a soudainement retire la plupart des subventions sur les prix de l’essence et du gaz naturel, causant une rapide augmentation des prix du fuel, du diesel et du gaz, ainsi que des biens de premiere necessite. En une nuit, le prix du gaz naturel avait augmente de 500% et les prix de l’essence avaient double. Le 19 aout, entre 400 et 500 se sont rassembles pour la 1ere d’une longue serie de manifestations, conduits par les leaders du mouvement de 1988.
undefined

           Suivirent jours après jours d’agitations et d’arrestations. Les leaders principaux ont ete mis en detention, 100 personnes etant arêtes les 4 premiers jours.

       Les moines ont joint le mouvement le 5 septembre, une decision tres puissante dans un pays ou les moines sont tres respectes et ayant toujours ete au coeur des soulevements politiques.
            L’Alliance de Tous les Moines Birmans (ATMB) a presente quatre requetes au gouvernement, qui n’a pas repondu. L’ATMB a alors lance une nouvelle declaration le 14 septembre, annoncant que tous les moines refuseraient dorenavant les offrandes d’officiels du SPDC et de leurs supporters.
        C’est une excommunication religieuse connue sous le nom de Patta Nikkujjana Kamma, ou le renversement des bols. (d’offrande, avec lequel ils se promenent le matin). Ca explique le symbole de la photo a droite.

 

 
            Les manifestations ont ete relativement pacifiques jusqu’au 24. Environ 100-200.000 personnes se sont rassemblees, dont la moitie de moines. Les teles et des hauts-parleurs dans les rues ont diffuse regulierement des annonces disant que les manifestants agissaient contre la loi et que des mesures seraient prises a leur encontre.

undefined              Et pourtant ils y sont alles, en toute connaissance de cause. La nuit du 25, des raids dans les temples et des arrestations de grande envergure ont commence. Le 26, la pagode principale utilisee comme point de rassemblement etait encerclee, les soldats empechant les moines d’en sortir et interdisant a d’autres moines et manifestants de les rejoindre. Le quartier a ete boucle, emprisonnant les manifestants derriere des lignes de militaires.  
             Les moines se sont assis et se sont mis a chanter en pali et a reciter des prieres, mais certains civils ont fini par tenter de fuir en escaladant les barricades. Des ce moment, les soldats ont commence a utilise gaz lacrimogenes, batons et fusils, parfois automatiques. Le nombre total de gens tues et blesses le 26 reste inconnu. La nuit du 26, les forces de securite du gouvernement ont decrete un couvre-feu, utilisant l’obscurite pour conduire des raids sur des douzaines de monastere de Rangoon.

 
 


            Le nombre de victimes n’est pas clair. Selon ABC, la repression aurait tue des centaines de personnes. Le bilan officiel reste de 13 victimes. Des sources independante rapportent de 30 a 40 moines et de 50 a 70 civils tues, ainsi que 200 blesses graves. La Voix Democratique de Birmanie monte le nombre de morts a 138, basant ses chiffres sur une liste compilee par la Generation des Etudiants de 88.
          Le colonel Hla Win, qui a quitte l’armee après la repression, aurait dit que des “milliers de protestants sont mort et que les corps de centaines de moines executes ont ete jetes dans la jungle”.
           Des sources etrangeres affirment que plus de 6,000 personnes sont detenus dans la prison d’Insein. Au moins l’un des leaders de 1988 est mort pendant les “interrogations”


 

 
Extraits de recits par des temoins de la repression


            « L’attaque contre le monastère a eu lieu vers 1h du matin. Les soldats ont crié pour faire ouvrir les portes du monastère, puis ils ont enfoncé la porte avec leur camion quand personne n’est venu ouvrir. En poussant de grands cris, ils lancaient des gaz lacrymogènes et tiraient avec leurs fusils automatiques dans les bâtiments du monastère, et ils se servaient de leurs matraques pour frapper tous les moines qu’ils voyaient. Beaucoup de moines se sont enfuis, en grimpant dans les arbres voisins, et ils se sont échappés en se cachant dans les maisons des alentours. J’ai été blessé à la tête quand j’ai été frappé à coups de bâton. J’ai vu des mares de sang, des fenêtres cassées, et des douilles de balles utilisées sur le sol quand je suis revenu au monastère le matin. Nous avons constaté qu’il manquait une centaine de moines sur 230. Ils ont pris notre argent et nos bijoux, et d’autres objets de valeur qu’ils ont trouvés dans le monastère. »  
– U Khanda, un moine décrivant une attaque contre son monastère, le 27 septembre  
 
             « Nous avions si peur. Mes deux amis criaient fort et j’avais si peur que les soldats nous trouvent. Puis les informateurs ont montré l’herbe. Sept jeunes s’y cachaient. Ils se sont levés et ont couru, mais les soldats se sont mis à tirer dans leur dos. Ils ont juste fait six ou sept pas avant de tomber. Trois ou quatre des jeunes garçons qui avaient autour de 20 à 22 ans ont été abattus sur le champ. Les autres ont essayé de se sauver, mais ils ont été attrapés et emmenés dans les véhicules militaires. »  
– Thazin Aye, décrivant les meurtres à l’école No.3 de Tamwe, le 27 septembre  


 
            « Après les avertissements, les soldats de la première rangée ont lancé des gaz lacrymogènes sur la foule. Cinq soldats tiraient les gaz lacrymogènes. Ils ont commencé à tirer immédiatement après l’avertissement. Les gens couraient dans toutes les directions. Vingt soldats sont parvenus à la barricade, ils l’ont escaladée et ils se sont mis à frapper les gens. Deux personnes sont mortes. … Ce n’était pas comme dans les films. Quand les soldats frappaient ces gens, ils essayaient de les tuer. Ils les frappaient à la tête et à l’abdomen. Les soldats les ont tirés par les jambes par-dessus la barricade … ils ont mis les deux corps à côté de leurs camions. »  
– Zaw Zan Htike, décrivant un incident le 27 septembre au centre de Rangoun  
 
           « A ce moment-là, une fille ne savait pas si elle devait s’allonger ou se lever. Un policier anti émeute a frappé la fille sur le côté du visage avec sa matraque. La fille a perdu connaissance. Elle avait une vingtaine d’années, il y avait du sang qui ruisselait sur son visage et elle avait peut-être le crâne brisé. Je ne sais pas si elle est morte. Personne ne pouvait l’aider. Si nous levions la tête, ils nous frappaient et nous donnaient des coups de bottes. »  
– Htun Kyaw Kyaw, décrivant les arrestations le 27 septembre  

Publié dans Myanmar

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article