Investiture d'Obama - L'esprit en alerte

Publié le par Thulemin

Crédit : Callie Shell pour le Time

           Oh, j'imagine que vous n'avez pas été nombreux devant vos écrans mardi 17h, à suivre l'investiture en direct. Mais que voulez-vous, je suis une droguée de l'actualité. Non seulement j'étais impliquée émotionnellement pour tout ce qu'Obama représente - et surtout pour son charisme - mais je voulais aussi pouvoir écouter son discours dans sa totalité, l'analyser. Et je sais très bien que j'aurais eu la flemme de le lire ou de l'écouter par après.
              Mardi 20 Janvier 2008 - 16h55 : me voici devant CNN, en direct, sur Internet.



L'irrationnel

          Oh parce qu'il y avait une grande part de moi qui s'est totalement laissée emporter par l'émotion de l'évènement. Il y a tellement de facteurs que je ne sais pas à quoi c'est dû. J'imagine que c'est en partie à cause du matraquage médiatique qui nous assène depuis novembre qu'Obama représente l'espoir.

          Et de l'espoir, on ne pouvait pas s'empêcher d'en avoir en regardant l'inauguration. Quelles que soient les images, les symboles étaient là et les messages étaient forts. Ces noirs et ces blancs qui dansaient ensemble sur the Mall, Dick Cheney invalidé dans son fauteuil roulant - comme déjà puni par le destin -, les regards vides de sens de Georges W. Bush et, en contraste, la fougue, l'énergie et le charisme de Barack H. Obama.

              Il y avait ces moments totalement triviaux, où je fondais devant les sourires gamins des deux filles d'Obama. Les regards qui disent "je m'ennuie" ou la manière qu'avait l'aîné, Malia, de filmer le discours de son père - comme sur cette phone datant du concert "We are One" :

Crédit : le Time

            Il y a eu les clameurs de la foule qui, même par écran interposé, t'envoient tellement dans l'atmosphère électrique du moment que tu aurais difficilement pu t'empêcher d'avoir des frissons. Il fallait juste y croire : croire qu'on y était et qu'on voyait un des moments les plus beaux ou les plus importants de l'Histoire.

                Évidemment, les "mauvaises" langues diront qu'Obama n'avait encore rien fait à ce moment-là mais ce n'est pas vrai. Même sans avoir encore signé de traités ou de décrets, Obama avait déjà marqué l'Histoire. Quel que soit son bilan à la fin du mandat, aujourd'hui était un jour capital dans l'Histoire des US.

                Je ne dis pas que d'un coup de serment magique, les communautés raciales vont soudain s'entendre à merveille ! Mais son élection est un message magnifique et une avancée extraordinaire dans un pays où, 60 ans plus tôt, son père ne se serait pas fait servir dans un restaurant.

Lorsqu'il s'est levé pour s'approcher du micro et prêter serment, ça m'a fait penser à une phrase célèbre:

"C'est un petit pas pour l'homme mais un grand pas pour l'humanité"

             
                 La seule raison pour laquelle je n'ai pas pleuré, c'était la présence de mon frère et de son coloc dans la pièce, totalement indifférents à l'émotion du moment...




Un discours historique ?


Crédit : le Time


            Le 4 Novembre 2008, j'avais tellement peur du résultat des élections que je n'ai pas regardé la télé. Résultat : j'ai loupé le discours de la victoire, celui qu'Obama a prononcé le soir des élections et qui a enflammé les foules. Je ne l'ai toujours pas regardé... mais je vais le faire bientôt.
         
             On sait tous qu'Obama est un beau parleur. Il sait manier les mots, faire des silences pertinents et, sans s'agiter avec des gestes agressifs (comme un certain président européen que je ne nommerai pas), parvient à donner de la force et de la conviction à tous ses discours. Un orateur-né.

                Tout le monde attendait donc beaucoup de son discours. Ils n'ont pas été déçus, non. Mais il se dit que le discours du 4 Novembre avait été bien plus poignant, plus percutant. Meilleur, en somme.

                Ce n'est que la comparaison avec ce discours précédent qui affaiblit légèrement celui de mardi dernier. Car les messages qu'a délivré Obama étaient aussi forts de sens. Que ce soit dans le fond ou dans la forme, ce 44è président réussit toujours à emporter le public et à susciter l'enthousiasme. Du charisme, on vous dit !


                 Et pour ceux qui sont passés à côté des articles de journaux, voici mes extraits de ce discours. Quelques phrases pour leur beauté, quelques unes pour leur sens, quelques unes pour la portée historique. Si ça éveille votre curiosité, le discours au complet est disponible sur le site du Monde.

Crédit : Christopher Morris pour le Time


"Chers compatriotes, je me tiens aujourd'hui devant vous avec un sentiment d'humilité, devant la tâche qui nous attend, de reconnaissance pour la confiance que vous m'avez manifestée, gardant à l'esprit les sacrifices consentis par nos ancêtres."
Sa première phrase, une introduction où le mot humilité m'a frappé. Gardez-là, M'sieur Obama.


"Quarante-quatre Américains ont, avant moi, prêté serment pour la présidence. Leurs paroles ont été prononcées pendant des vagues de prospérité et alors que nous vivions dans les eaux calmes de la paix. Cependant, en d'autres temps, ce serment a été prêté alors que les nuages s'amoncelaient et que les tempêtes faisaient rage."
Vogue la galère... Il est quand même beaucoup plus poétique que Sarkozy !


"Des maisons ont été perdues; des emplois ont été détruits; des entreprises ont fait faillite. Notre système de santé est trop onéreux; nos écoles laissent trop de jeunes au bord de la route; et chaque jour, nous constatons que la façon dont nous consommons l'énergie renforce nos adversaires et menace notre planète."
Et après on s'étonne que les gens ne veulent plus regarder la TV ? Triste monde...


"Ce qui est moins mesurable, mais tout aussi grave, c'est la manière dont nous avons perdu notre confiance en nous-même – une peur lancinante que le déclin de l'Amérique est inévitable et que la génération suivante doit viser moins haut."
Ah, le fond du problème... ?


"Aujourd'hui, je voudrais vous dire que nous sommes confrontés à de véritables défis. Ils sont graves et ils sont nombreux. Nous ne pourrons pas les relever facilement ou rapidement. Mais je veux dire ceci à l'Amérique : ces défis seront relevés."
Il faut le voir pour comprendre la force de ce passage. La façon dont il a dit "They will be met" a soulevé une grande clameur dans la foule. On sentait leur espoir face à quelqu'un au courant des problèmes et des réalités mais qui veut quand même y aller.


"Nous allons construire les routes, les ponts et les liens numériques dont notre secteur marchand a besoin et qui nous relient les uns aux autres. Nous allons rendre à la science la place qui lui revient, et nous servir des merveilles de la technologie pour améliorer la qualité de nos soins et abaisser leurs coûts. Nous allons moissonner l'énergie du soleil, du vent et du sol pour faire marcher nos voitures et nos usines. Et nous allons transformer nos écoles et nos universités pour être à la hauteur des exigences d'une nouvelle ère. Tout cela, nous pouvons le faire. Et tout cela, nous allons le faire."
Programme ambitieux, au moins... Il ne reste plus qu'à s'y tenir, n'est-ce pas ?


"Et ceux d'entre nous qui gèrent les deniers publics devront rendre des comptes – dépenser de manière judicieuse, changer les mauvaises habitudes et faire notre travail en toute transparence – car c'est la seule façon pour rétablir les liens de confiance cruciaux entre un peuple et son gouvernement."
*clap clap clap* Et c'est pour cela qu'un jour plus tard, il gelait le salaire des employés de la Maison Blanche !


"C'est ainsi que je souhaite dire à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd'hui, depuis les capitales les plus prestigieuses jusqu'au petit village où mon père est né : sachez que l'Amérique est l'amie de toutes les nations et de tous les hommes, femmes et enfants qui aspirent à la paix et à la dignité, et sachez que nous sommes prêts à être une fois encore ceux qui montrent la voie."
Pour l'émotion et le message... Et aussi parce que, sacré nom d'un chien, ces Américains ne peuvent pas s'empêcher de vouloir être les leaders du monde !


"Rappelez-vous que les générations précédentes ont combattu le fascisme et le communisme non seulement avec des missiles et des chars, mais également grâce à la solidité de leurs alliances et la ténacité de leurs convictions. Elles ont compris que notre puissance seule ne peut pas nous protéger, et qu'elle ne nous donne pas le droit d'agir à notre guise."
Vlan, dans tes dents, Mr. Bush !


"Nous allons prendre nos responsabilités en Irak en laissant ce pays à son peuple. Nous allons établir une paix durement acquise en Afghanistan. Nous allons travailler sans relâche avec nos anciens amis et nos ennemis pour atténuer la menace nucléaire et pour lutter contre ce fléau qu'est le réchauffement de la planète."
Travailler avec les ennemis ? C'est nouveau, ça aussi...


"Aux dirigeants dans le monde qui cherchent à semer la discorde ou qui font porter à l'Occident la responsabilité des maux de leur société : sachez que votre peuple vous jugera sur ce que vous pouvez construire, et non pas sur ce que vous détruisez."
Un message universel...


"A ceux qui s'accrochent au pouvoir par la corruption, la tromperie, en faisant taire l'opposition, sachez que vous êtes du mauvais côté de l'Histoire, mais que nous vous tendrons la main si vous êtes prêts à desserrer le poing. Au peuple des nations pauvres, nous nous engageons à coopérer avec vous pour rendre vos fermes prospères et vous apporter de l'eau potable, pour nourrir les corps de ceux qui ont faim et nourrir les esprits affamés. Et à ceux des pays qui, comme le nôtre, bénéficient d'une relative opulence, nous disons : nous ne pouvons plus nous permettre d'être indifférents aux souffrances hors de nos frontières, nous ne pouvons pas non plus consommer sans réfléchir les ressources du monde. Car le monde a changé, et nous devons changer avec lui."
A noter : je veux pouvoir parler comme lui !


"Ce que nous devons faire à présent, c'est entrer dans une nouvelle ère de responsabilité – c'est de reconnaître, et chaque Américain doit le faire, que nous avons des devoirs envers nous-mêmes, envers notre nation et envers le monde. Des devoirs que nous n'acceptons pas à contrecœur..."
Hum... On ferait bien d'en faire autant, un peu partout...


"Merci. Que Dieu vous bénisse et bénisse les États-Unis d'Amérique."
Parce que, ça, c'est inimitable !




>>>            A noter qu'Obama a été le premier Président à prononcer le mot "Islam" dans son discours d'investiture. A noter aussi, dans cette Amérique tellement chrétienne et souvent conservatrice, qu'il a fait une part aux athés dans son discours - un autre précédent ?





Un jour historique mais... après les jolis mots, qu'est-ce qu'il y a ?


           Hé bien pas mal de choses. Cela fait seulement 2 jours qu'Obama est devenu Président des USA mais il n'a pas chômé ! En commençant par certaines des promesses qu'il avait faites...

Crédit : Callie Shell pour le Time
Bye bye Mr. Bush - au sens propre... comme au sens figuré !

- Il a suspendu les procès à Guantanamo, qui se faisaient sans témoins et sans charges, le 21 puis a signé l'ordre de fermeture le 22. Le transfert des prisonniers et la fermeture du centre se fera en un an.

- Il a donc gelé les salaires de la Maison Blanche (j'imagine que ça l'inclue ?)

- L'ère bush pendant laquelle il fallait porter un complet veston pour entrer dans le Bureau Ovale est fini. Vous êtes les bienvenus en chemise !

- Il a téléphone aux dirigeants d'Egypte, d'Israel, de Palestine et de Jordanie. Gros point notable : c'est Mahmoud Abbas, de l'Autorité Palestinienne, qu'il appelé en premier. Devant Israël. On aurait voulu faire un symbole fort qu'on aurait pas fait mieux.

- Au poste d'émissaire au Proche-Orient, il a nommé Georges Mitchell, négociateur aguerri et à la source du Good Friday agreement (la paix avec l'IRA en Irlande du Nord, voyons...), et qui connaît ses cours sur cette région orageuse. Surtout, il a une empathie lui permettant de comprendre et de sympathiser avec les deux bords d'un conflit, pour permettre aux protagonistes de faire le compromis qui les satisfera. La situation n'est pas prise à la légère de l'autre côté de l'Atlantique !

- Les restrictions pour les fonctionnaires qui travaillent dans les lobbies ont été renforcées (j'espère que ça concerne surtout le lobby sioniste...)

- Le décret instauré par Bush qui garantissait le secret des archives a été annulé, pour une "nouvelle ère de transparence"

- Il s'est déclaré en faveur de l'ouverture des frontières et de la libre-circulation des biens sur la bande de Gaza, alors que son prédécesseur a largement oublié de commenter sur ce sujet.


            En bref : des déclarations qui annoncent des intentions intéressantes au Proche-Orient, et des actions qui vont dans le bon sens. En 2 jours, on pouvait difficilement souhaiter mieux !




Et parce que l'Obamania touche tout le monde...


          Voilà ce que la rédactrice de mon magazine, Think French, a fait avec sa fille Cléo de 7 ans, le jour de l'inauguration. Le business "Obama" est un stimulateur de l'économie à lui tout seul : on vend de tout et de rien, et même des drapeaux à planter sur vos gâteaux ! :)

Ils sont très forts, ces Américains !!

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