"Visakha Bucha Day" ou "l'escalade de Doi Suthep"

Publié le par Thulemin

           Allez donner le choix à un Thaï : tu marches ou tu prends ta moto pour faire les 100m entre ta maison et l'épicerie ? Mais quelle question idiote... Evidemment que je prends ma moto ! Un Thaï, marcher ? On n'y pense même pas !

 

           Et pourtant, il y a de ces occasions où ils vont marcher, et pas qu'un peu !

 

 

 


 

 

Version 2008

 

            Je vous avais parlé de Visakha Bucha Day l'année dernière mais vous avez sûrement oublié :) Ca se passe le jour de la pleine lune en Mai et c'est un des trois jours bouddhistes les plus importants de l'année. On y commémore la naissance de Bouddha, son Eveil et sa mort. Oui, il a fait tout ça le même jour, il s'est bien organisé ;)

 

             Pour l'occasion, l'année dernière, Chhunny m'avait invité à Wat Suan Dok le soir de Visakha Bucha Day pour marcher autour du chedi avec d'autres fidèles. Sans lui, j'aurais à peine su qu'il y avait quelque chose ce jour-là.

 

 

 


 

 

Version 2009 :)

 

            Mais cette année, grâce au Chiang Mai Mail, j'ai eu l'information en avance. C'est difficile d'avoir de l'information sur les évènements et activités à venir, ici. Soit il n'y en a tout simplement pas, soit c'est seulement en Thaï. De l'avantage de travailler dans un journal...

 

            Et donc jeudi soir, la veille de Visakha Bucha Day, ce sont des milliers de Thaïs qui se sont amassés à l'université pour l'ascension de Doi Suthep. Sur la colline se trouve Wat Phra That Doi Suthep et, comme son nom l'indique (Phra That), il contient une relique de Bouddha. C'est donc le temple le plus sacré de la région et le temple par excellence pour célébrer Visakha Bucha Day !

 

 

 


 

 

Quelques chiffres

 

           Je n'ai pas compté, c'était impossible. Mais il devait bien y avoir 15,000 personnes minimum... Une marée humaine qui s'est lancée sur la route qui serpente dans la montagne. Certains sont partis à 18h, certains commençaient tout juste l'ascension à 2h du matin : chacun y allait lorsqu'il voulait.

 

 

           Le gros des troupes est cependant parti entre 19 et 21h. Le but : arriver au temple vers minuit pour faire ses dévotions dans les premiers instants de Visakha Bucha Day.

 

          La route monte pendant 14km. Je crois que le pire moment de la montée, c'est quand on voit le panneau « Wat Phra That Doi Suthep - 7km » et qu'on se dit « m*rde, seulement la moitié de faite ??!? »

 

Du coup, certains paresseux sautent à l'arrière des songthaew et s'installent sur le marchepied à l'arrière...

 

 

          La première fois que je l'ai fait, c'était un matin de Juillet 2008 et ça m'avait pris 3 heures. Jeudi soir, j'étais fatiguée, j'avais déjà couru 30min en fin d'après-midi et c'était le soir. Plus il a plu 30min, une vraie douche pendant laquelle tout le monde a cherché un abri. Résultat : 4h pour arriver au temple.

 

 

 


 

 

Activités bonus ?

 

             La sortie exceptionnelle a aussi servie de bizutage pour les premières années de Rachamangkla Technology University. On voyait des groupes de premières années faire des sortes de hakkas, courir dans les montées ou reprendre des chants en claquant des mains. Rien de bien méchant... en public.

 

Allez, tous sur le dos et on pédale dans l'air...

 

Petite séance de chant

 

 

              Du coup, quelle ne fut pas ma surprise, vers 1h du matin, alors que je redescendais du temple, lorsque j'ai croisé Keng, un des élèves de mon summer camp. Maintenant, il faut qu'on m'explique ! Il y avait 30 élèves, plus 3 profs. Le SEUL que je croise, c'est Keng. C'est la troisième fois que je le croise par hasard. Pourquoi lui et si souvent ? Trop bizarre...

 

 

 


 

 

A la recherche d'amis...

 

             A l'origine, Pandi devait venir avec moi. Puis elle a laissé tomber. J'étais déjà au pied de la montagne, à discuter avec Phulawit, un thaï de Wat Suan Dok avec qui j'étais allée en Birmanie l'année dernière et que je n'avais vu depuis des luuuuuuuuuustres. Donc qu'à cela ne tienne : je m'élance seule sur la route.

 

           J'étais crevée, un peu dans le brouillard et après 15min j'avais déjà envie de rentrer. Mais je me suis mise au défi et j'ai décidé que j'irai jusqu'au bout. Point final.

 

 

 

J'ai fait connaissance avec 3 Thaïs lorsqu'il pleuvait fort, lorsqu'ils m'ont prêté un bout de leur bâche pour qu'on en tienne chacun un bout en marchant.

 

J'ai fait connaissance avec une famille de Laotiens, dont leurs deux petites filles qui me mangeaient des yeux.

 

J'ai fait connaissance avec un des groupes de premières années de l'université, ce qui n'a pas plu à leur senior parce que je les déconcentrais de leurs activités.

 

J'ai continué à marcher dans le noir.

 

 

 


 

 

Une rencontre ?

 

          Deux gars me tournaient autour depuis un moment en me souriant à l'occasion. Puis l'un s'est lancé « can you speak Thaï ? » Je le sentais venir gros comme une maison, je n'avais pas envie de flirter ou quoi que ce soit, j'étais trop fatiguée. Mais je réponds aux questions et j'en pose quelques unes.

 

          Kem est Laotien, Bon est Thaï, ils sont tous les deux étudiants à CMU en deuxième année d'agriculture.

 

          On continue en silence, je m'attends à ce que nos rythmes de marche nous séparent, comme ça l'a fait pour mes autres rencontres. Et puis non. Lentement, silencieusement, un lien se crée et on avance ensemble. On échange deux trois phrases toutes les dix minutes, on se cherche du regard quand on se perd, en prétendant qu'on regardait juste le paysage.

 

           On devient un groupe.

 

 

 

           On arrive au panorama sur Chiang Mai et Bon me demande si je veux qu'il me prenne en photo. Pourquoi pas ? Au moment de lui filer mon appareil neuf de quelques heures, j'ai un gros doute et puis je laisse couler. Il ne faut pas qu'une mauvaise expérience change ma manière de croire en l'humanité.

 

 


 

 

Vivez le moment avec moi :)

 

            Wat Phra Thai Doi Suthep - 3km. Ca commence lentement à sentir la fin... Les lumières s'éteignent, la pluie a peut-être provoqué un cours circuit. On continue dans la nuit, seulement guidés par la lune.

 

           Et puis nous y voilà. La foule est immense et bigarrée. On y est... mais pas vraiment. Il nous reste à gravir les quelques 200 marches qui montent au temple. Au point où on en est... On monte les marches en silence, je souris à un moine qui m'a pris en photo quelques temps plus tôt, fait un signe à un des gars qui m'avait prêté sa bâche. Ca y est. On est au temple pour de vrai.

 

 

           Vous croyez qu'on en a finit ? Que nenni ! Il faut maintenant marcher 3 fois autour du chedi central. Bon et Kem vont s'acheter les offrandes traditionnelles et Bon revient avec un « package » pour moi aussi : une fleur de lotus, trois bâtons d'encens et deux bougies. Merci, tout simplement.

 

          Il y a tellement de monde autour de ce chedi. On piétine, on traîne des pieds, mes orteils commencent à décider qu'ils en ont ras-le-bol de marcher, on se perd, on se retrouve, on s'incline, on zigzague au milieu des gens.

 

 

 

          Nos trois tours finis, on patiente près d'une lampe à huile pour allumer nos bâtons d'encens et nos bougies. Dix secondes avant que je plante mes bâtons dans le sable, un « temple boy » arrive et rafle tous les bâtons qui se consument.

           Au rythme où les gens les déposent, il passe toutes les trois minutes pour enlever les bâtons, les bougies et les brassées de fleur de lotus pour les jeter dans un coin. C'est obligatoire, évidemment, au vu des milliers de gens présents, mais on ne peut s'empêcher de penser au gaspillage immense que ça représente.

 

 

           De retour à l'entrée du temple, on récupère nos chaussures. On rencontre la grande sœur de Bon, son mari et trois amis à eux, puis on redescend les marches. Il est une heure du matin. Bon mène les opérations et trouve un songthaew vide dans lequel on s'engouffre. Quatorze personnes, dont trois sur le marchepied à l'arrière.

 

 

           Le songthaew s'élance... pour s'arrêter deux mètres plus loin. Parlons d'embouteillages, alors que des milliers de personnes commencent à redescendre la montagne. Sur les premiers trois ou quatre kilomètres, les courageux qui redescendaient à pied allaient plus vite que nous.

           C'est à un de ces moments-là, au tout début, que j'ai vu Keng et que j'ai sauté hors du songthaew pour dire bonjour. J'ai discuté 3-4min et suis retournée à mon véhicule qui n'avait avancé que de 3 mètres.

 

 

          Hello, je suis fatiguée, j'ai une envie monstre d'aller aux toilettes, est-ce qu'on peut avancer plus vite ?

 

 

         On arrive finalement à l'université vers 2h30, plus d'une heure plus tard. Je file un bout de papier à Bon et à Kem avec mon numéro et mon email, sans leur demander le leur. J'espère qu'ils me contacteront. Je récupère ma moto, vide mon casque de son eau de pluie et rentre à la maison, les cheveux au vent. Il est trois heures du matin, bonne nuit Thaïlande !

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