Exam Time!

Publié le par Thulemin

                Dure semaine en prévision mais le premier jour est fini et, avec lui, une bonne dose d'émotions.

                J'ai été tellement stressée que je n'ai presque rien mangé de la journée. A peine une brioche à 9h et 2 cookies à 17h. J'avais juste pas faim. Je pensais à mes étudiants et j'étais presque aussi angoissées qu'eux... Comment résumer 4 mois de notre vie commune en 3h.

                Pour certains, il y a tellement de choses qui se jouent pendant ces examens...

                Certains n'ont pas assez d'argent pour étudier et ne peuvent pas se permettre de se planter à un cours.

                Certains ont une moyenne générale trop basse et risquent de se faire expluser de l'université si elle ne remonte pas après les résultats de ce semestre.

                Certains vont devoir subir un changement de programme s'ils ont un F ("échec") : normalement, on doit juste refaire le cours échoué. Mais les étudiants en Droits ont un remaniement de leur programme, qui rajoutent 2 cours d'Anglais aux 4 déjà obligatoires. S'ils échouent cette fois-ci, ils vont devoir reprendre ce cours + les 2 nouveaux.

                 Certains ont déjà échoué 2 fois à cette matière et repassaient le semestre entier pour la 3è fois.

                Certains, plus calés, veulent juste avoir les meilleures notes possibles pour accéder à des bourses ou à des universités à l'étranger.



                 Contrairement à la France, impossible d'échouer à un cours et de continuer au semestre prochain. Ici, on ne parle pas en "semestre" mais en "cours". Tu as échoué au cours? Tu recommences ce cours au semestre suivant. Ta moyenne est recalculée à chaque semestre en fonction de toutes tes notes accumulées jusque là.

                 Autant dire qu'ici, on ne se dit pas "oh, c'est pas grave si j'ai 8 maximum, je me rattrapperai avec les autres matières". Autant dire qu'ici, il y a bien plus d'enjeux. Et bien plus de stress.

                Pour la prof aussi, si elle a un minimum d'empathie et de compréhension de la situation...............

                Et je discute trop avec mes élèves pour ne pas savoir les emmerdes de certains -___-





                J'avais exam de 12h à 15h avec les premières années. Là, ça allait. Je sens qu'ils vont tous passer, même si certains ne vont pas avoir de super bonnes notes. Mes explications grammaticales se sont améliorées par rapport au semestre dernier et ils sont bien meilleurs que la première section à qui j'avais enseigné (et où 9 sur 39 avaient échoué).

                  J'en ai profité pour corriger des copies et organiser les notes de Français, préparer les cours du LICMU, mettre à jour mes notes de 206, et encourager mentalement les gens. J'étais stressée mais ça allait. C'est "facile" de savoir quoi réviser pour 102.


                  C'est pour 206, de 15h30 à 18h30, que ça s'est gâté. Alors que j'achetais un thé vert avant de descendre au bâtiment, les cancres du samedi se sont jetés sur moi pour découvrir leurs notes temporaires et me supplier de les aider à passer. Ping a même porté mes 4 paquets de copies jusqu'à la salle d'examen, en bavardant.

                  J'ai installé les copies avec l'aide d'une prof-auxiliaire puis ai décidé de sortir dans le couloir pour les 5 dernières minutes, pour voir si certains avaient des questions. J'ai ouvert la porte et j'ai été prise d'une boule au ventre. Tous mes 2è années, tous ces visages que j'avais cotoyé 16 semaines durant... Ces 3 sections soudain rassemblées dans un petit étage, comme un concentré de ma vie de prof des derniers mois. J'ai senti une pression énorme me tomber sur les épaules.

                   Pendant l'examen, alors que je commençais à corriger l'examen des 1ères années, je ne pouvais pas m'empêcher de jeter des coups d'oeil à Ping, Ying, Nu, Puun, Yadong, Purich, Tui, Oo, Foam... Tous concentrés sur leur copie, tous absorbés dans quelques heures qui comptent tellement. Je pouvais en voir qui exhudaient l'inquiétude par tous les pores de leur peau. Je pouvais voir mes crétins préférés, si souriants et déconneurs, qui étaient inhabituellement sérieux et sombres.

                   Je n'avais qu'une envie, pendant les 2 premières heures de l'examen... Celle d'aller les prendre dans mes bras, de les supporter et de leur dire "ça va aller, tu vas gérer". Toutes ces heures à expliquer des exercices et, soudain, pour l'exercice le plus important du semestre, je devais les laisser livrés à eux-même. J'avais l'impression d'être la mère de 113 étudiants. Un mélange de fierté et d'inquiétude, d'amour et d'attentes.

                  J'ai même eu le goût de pleurer... Mais je me suis retenu et j'ai continué à sourire à Ying, Puun et Tui.

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FarangTom 16/02/2010 20:11


Alors là...poignant, ce joli texte...J'ai lu avec attention la fin en me prenant au jeu, jusqu'à retrouver le stress des examens, moi aussi ! Bonne chance à tous. Tom


Michel 16/02/2010 19:29


Beau récit intense d'émotion !
Suis de tout coeur avec vous.
Michel


Mamie 16/02/2010 07:14


Ce qu'st la conscience professionnelle !!!BRAVO