Simulations d'attaques & de check-points

Publié le par Thulemin

(dernier post en date là-dessus, mais j'avais envie de l'écrire pour pouvoir m'en rappeler plus tard :p)

 

            Le premier check-point à moins de deux heures du début nous avaient mis dans l'ambiance et on savait pertinemment que le même genre d'aventures allait nous arriver de nouveau. Ni une, ni deux, j'embarque Nirwan (en tant que leader de mon équipe) et vais confier mon passeport à Mandy. Ok. Maintenant je peux tripper sans arrières pensées !

 

 

 


 

              La deuxième simulation avait lieu la première nuit. On s'y attendait tous donc, en rentrant de cours à minuit trente, conseil de guerre sous la tente : qui montera la garde, combien de temps, quoi faire en cas d'attaque, quand... C'est à ce moment-là que quelque chose atterrit sur le toit de la tente & commence à glisser. Tout le monde s'arrête de parler & se fige. 

 

              Zuhri passe un message radio au camp de base, qui nous dit d'attendre les instructions. Quelques secondes passents... et grosse explosion. Mes timpans bourdonnent. Rafales de coups de feu. Pas une seconde d'hésitation, je crie "tout le monde à plat ventre !" Dans une situation réelle, j'imaginais déjà les petits trous ronds dans la toile de tente. 

 

             On est tous allongés dans la tente, avec Zuhri qui continue à passer des appels radio au camp de base. On entend des cris dehors, d'autres explosions, d'autres coups de feu, des ordres criés en Indonésien. Et puis, évidemment, quelqu'un commence à ouvrir la porte de la tente... 

 

             Des soldats nous poussent dehors sans ménagement, nous conduisent là où les autres groupes sont déjà assis par terre les mains sur la tête, et nous ordonnent de faire de même. Puis l'un d'entre eux nous demandent "qui est votre leader?". Sumaiyah, notre nouvelle leader, se lève et ils la poussent de côté. Le soldat se tourne vers le groupe A et pose la même question. Pas de réponse. Il repose la question. Pas de réponse. Après avoir hurlé la question 3-4 fois, il hoche la tête. Demi-tour sur lui-même, il prend Sumaiyah par le bras et l'emmène à l'écart. Zurih commence à se lever, un fusil se pointe sur lui. Le soldat emmène Sumaiyah derrière une tente. Un coup de feu. Il vient de tuer quelqu'un de mon équipe. Sensation très très bizarre de choc et de soulagement que ça ne soit pas la réalité.

 

              La question sera reposé 4 fois, le leader ne se montrera pas (on apprendre plus tard qu'il dormait au camp de base à cause d'une blessure), on aura 4 morts en tout.

 

                Les exécutions passées, les soldats nous font nous relever, nous ordonnent d'avancer (toujours en beuglant en Indonésien) et nous conduisent... à la rivière. Ordre de s'asseoir dans l'eau (pas sur un caillou), les mains sur la tête, et de ne pas bouger. Je sais que je suis dans une simulation mais je m'efforce de réfléchir à ce que je ferai si c'était réel. 1/ être sur le bord du groupe, pour tenter de s'échapper si massacre il y a. 2/ être dissimulée derrière un autre volontaire pour ne pas me faire repérer s'ils cherchent un bouc-émissaire. 3/ être totalement immobile et la tête baissée, pour attirer l'attention au minimum.

 

                   Curieusement, toute trempée que je suis à 2h du matin, je trouve ça à la fois excitant et troublant. Je pense à l'état d'esprit dans lequel je serai si tout ça était réel. La tête baissée, je me mets à méditer, calmer le rythme cardiaque & réfléchir plus clairement. J'imagine que garder l'esprit clair reste la meilleure des solutions, pour faire les bons choix dans de telles situations de crise...

 

                 Au final, après une dizaine de minutes, la lampe torche se braque sur quelqu'un, ils la font sortir de l'eau. 30 secondes passent. Quelqu'un d'autres. Un par un, chacun se fait repérer et doit sortir de l'eau. De ma cachette derrière un autre volontaire, je suis dans les dernières à sortir. Je retrouve tous les autres assis au même endroit qu'au début et les rejoints.

 

                   Quinze minutes de plus à rester assise, les mains sur la tête, à me faire bouffer par les moustiques sans avoir le droit de bouger... et nous voilà libérés. On peut finalement se coucher...

 

                   Sauf moi... De service de sentinelle pour la première heure, je passerai mon temps à discuter avec Siva autour du feu, à répondre aux questions du QG par radio. Réveiller Michelle à 4h15 et m'écrouler.

 

 

 


 

 

 

                   La deuxième nuit, personne ne savait si l'on allait être attaqué de nouveau. Attaque ou pas, mettre des sentinelles était devenu une évidence. Moi, Michelle & Sumaiyah, on était exemptées, pour l'avoir fait la nuit précédente. 1h du matin, je m'écroule par terre et m'endors. Je suis tellement épuisée que les ronflements de Zuhri ne m'atteignent pas.

 

                    Soudain, Liza me réveille, "Gaelle, debout, explosion !" J'étais tellement profondément endormie que je sors avec mon paréo enroulé autour de mon cou et enfile mes chaussures en posant des questions en Français. Finalement, je me réveille, avise Nirwan et apprend les nouvelles : deux explosions (que je n'ai pas entendu......), pas d'autres mouvements ou signes hostiles.

 

                     Dans la journée, on avait tous préparé un plan d'évacuation en cas de nouvelles attaques. Résultat : on est tous accroupis sur le périmètre du camp, dans le noir, aucune lampe, à attendre de voir ce qui se passe. Les appels radio de Zuhri restent sans réponse. J'ai froid, je suis toujours mal réveillée et je grelotte. Nirwan, à côté, est de même. Mec / fille, à ce moment-là, on s'en moque un peu. On se colle et j'arrête finalement de trembler (pas lui héhé, ça sert quand même d'être européenne).

 

                 Cinq minutes passent à attendre. Puis, finalement, une autre explosion. On prend ça comme un signe et notre leader, Jerry, nous dit qu'il faut évacuer. Notre équipe part, chacun baissé et tenant ses voisins par la main, à la queue leu leu. Les autres groupes restent sur place à attendre.

 

                On fait les 400m dans la jungle, sans lumières, attendant régulièrement Zuhri qui s'était foulé la cheville pendant la journée. Plus tard, Nirwan me dire qu'il a vu un des soldats nous suivre discrètement, pour vérifier que tout allait bien.

 

                 Arrivés au camp, on a passé un appel radio aux autres équipes pour leur dire que le camp de base était sûr. Personne en vue, on ne sait pas où sont les grands chefs, mais il n'y a pas de présence hostile. Je reste quand même sur le bord du camp, à guetter les alentours. Quelques minutes plus tard, les équipes Alpha et Charlie nous rejoignent. Encore quelques minutes, et c'est l'équipe Bravo.

 

              Finalement, les grands chefs arrivent et nous demandent de nous asseoir en ligne par équipe. Comptage de tête. Seule notre équipe et Alpha sont au complet. Félicitations pour notre équipe Delta pour être arrivés les premiers et tous ensemble. Equipe Bravo : un manquant. Equipe Charlie : deux manquants. Equipe Echo : un présent, huit manquant...

 

               Le pauvre d'Echo subit un gros interrogatoire pour savoir où sont les autres membres de son équipe. Le problème ? Leur plan d'évacuation consistait à se disperser dans la jungle et à se retrouver au parking à 6h. Leur radio était éteinte pour ne pas que les grésillements et communications attirent l'attention. Et les soldats et facilitateurs les cherchant leur faisaient croire que la simulation n'était pas finie.

 

                Au final, on a attendu une heure et demi au camp de base avant d'avoir récupéré tous les membres de l'équipe echo... Trop tard pour retourner se coucher, c'était déjà l'heure de se préparer pour aller faire les exercices sportifs du matin. Nuit trop courte...

 

 

 


 

 

 

            La dernière simulation qui m'a marqué, ce n'est pas le deuxième check-point qu'on a subi en voiture, ni l'attaque à coup de feu sur la voiture (où on doit évacuer la voiture et courir pour se mettre à l'abri) mais plutôt le guet-apens qui arrive à la fin, alors que la moitié de l'équipe croit qu'on est finalement arrivé à destination.

 

             Deux des facilitateurs ont accueilli nos deux voitures, nous ont montré où nous garer, et nous ont demandé de sortir et de montrer quels médicaments on avait pour aider les villageois. Moi je sais que la simulation n'est pas finie et je ne veux pas sortir de la voiture. Mais les occupants de l'autre voiture sortent, alors on sort aussi. 

 

               Jerry et Sumaiyah étaient occupés à montrer les médicaments quand un groupe de 7-8 personnes tout habillés de noir et avec des cagoules surgissent des buissons à 20m de là et courent vers nous en hurlant et en tirant des coups de feu. Tout le monde se jette à terre. Vieux réflexe : je me jette à terre en direction de la voiture et rampe un peu pour me mettre à couvert. Un ordre, je me fige. On me balance un truc à la figure, on dirait une serpillère mouillée, je ne bouge pas.

 

                Les attaquants prennent Sumaiyah à partie, la font se lever et comment à poser des questions. Pendant ce temps-là, quelqu'un prend la serpillère, me lève la tête et me met la serpillère sur la tête. Ah, c'était un sac mouillé... Je suis allongé, la tête dans un sac mais, très rapidement, je me fais repéré car étant un peu à l'écart. 

 

             On me met sur mes pieds, me fait avancer. Quelqu'un prend mes mains, les mets derrière le dos et les attache avec un fil en plastique. C'est trop serré. Saletés. Je reçois de l'eau sur la tête (j'apprendrai plus tard que c'était un jet d'eau et que ceux par terre croyaient qu'on leur pissait dessus). Ils relèvent un peu le bord du sac, assez pour que je vois jusqu'à leur torse mais pas leur visage... et me tartinent le visage de farine. Je ne bouge pas.

 

              Quelques secondes plus tard, on m'enlève le sac de la tête. C'est le genre de moments où tu as envie de relever la tête et de lancer un regard plein de bravade et de fierté. Mais tu sais que dans la réalité, c'est le genre d'attitude qui t'attirerait des soucis. Alors tu gardes la tête baissée et tu attends.

             Sumaiyah et moi sommes les seules debouts. Je vois tous les autres allongés, les mains attachées dans le dos, et des gars cagoulés qui passent autour et leur mettent de la farine sur le visage. (on apprendra plus tard que deux des gars étaient là pour surveiller si quelqu'un avait des difficultés à respirer - l'objectif de cette technique, j'imagine).

 

              Les attaquants commencent à rigoler en disant que je suis bien blanche et bien jolie. Sumaiyah leur explique que mon père est malaisien et ma mère française et ça les fait rigoler encore plus. On m'appelle "kacukan" (hybride), surnom qui me restera après le week-end et qui, au final, me va correspond plutôt bien :p

 

               Quelques autres brimages et les brigants nous demandent nos sous. J'ai quelque chose comme 200 faux dollars dans ma poche mais je ne veux pas entamer de discussion en Indonésien. J'hésite, j'hésite. Et si jamais ils fouillaient mon sac et le trouvaient par après? C'est mieux de le dire, non? Ce n'est que de l'argent...

 

               D'une petite voix, je laisse tomber "Saya ada duit sedikit di dalam beg". Aussitôt, un des soldats se tourne vers moi et m'empoigne le visage "Pourquoi tu l'as pas dit plus tôt?" La rapidité de son geste, la force avec laquelle il m'a saisit et son empoigne me laisse muette d'étonnement. Je cherche mes mots... "Parce que c'est juste un peu..." Il prend les sous et me laisse plantée là, toujours interloquée. Je crois que c'est le moment où je me suis sentie le plus "choquée" du week-end. Sa violence était contrôlée. Mais si elle ne l'avait pas été ? Si ça avait été réel ? Brrrr....

 

              Quelques maltraitements / engueulades plus tard, on nous demande prouver qu'on est bien de MERCY. Qui est le président? Vague souvenir du nom de celle qui a créé l'ONG en 1999. Dr. Jemiyah? Ils commencent à rigoler. Mais Liza ou Fida avance un "Dr. Dato blablabla". Ils arrêtent de rigoler, nous coupent les liens et nous libèrent. A moitié en rigolant, à moitié choqués, on part se cacher au sommet de la colline, dans la forêt, où l'on retrouve les 3 équipes précédentes.

 

               Bien cachés, on regarde l'équipe Echo subir le même sort que nous un peu plus tôt. A une seule différence près. Ils sont tous morts les uns après les autres, aucun d'entre eux ne connaissant le nom de Dato Dr. Ahmad Faizal Perdaus. Ben maintenant, on s'en rappelera !

 

 

 


 

 

           Fin des épisodes de ma fomation MERCY :p

Publié dans Malaisie

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